Ce texte a été initialement publié sur instagram (@floralie.resa), le 14 mars 2024. Dans un effort d’archivage face à la montée des politiques oppressives de META, j’archive certains de mes postes ici.
Le matérialisme, c’est un courant philosophique. Il a permis de comprendre des choses importantes comme la lutte des classes. C’est aussi une philosophie qui est utilisée depuis les années 70 pour oppresser les bisexuel-les et les personnes trans.
En tant que personne qui a longtemps parlé de lecture de la Bible inclusive des personnes LGBT, j’aimerais rappeler qu’on peut tout faire dire à la Bible. Et que pour le matérialisme c’est pareil.
Du coup, c’est quoi le matérialisme ? C’est un courant qui accorde une importance primordiale aux conditions matérielles et économiques de la vie humaine plutôt qu’aux idées ou aux idéologies.
En gros, ce qui compte c’est comment tu vies. On s’en fout de quoi tu penses. C’est la vraie vie qui va produire les idées et la société selon le matérialisme, et pas l’inverse.
Le féminisme matérialiste, branche du féminisme radical des années 70 par exemple, a donné la penseuse Christine Delphy, aux déclarations biphobes et transphobes. Christine Delphy, pionnière du féminisme matérialiste, explique au calme que les vraies bi existent pas vraiment et sont des traitres, et que les femmes trans qui couchent avec des lesbiennes c’est des viols correctifs.
Mais le matérialisme, c’est pas que ça. Aujourd’hui, on a des penseuses matérialistes trans. Preuve que vraiment, on peut tout faire dire au matérialisme.
Du coup, allons-y. Parlons de la biphobie “matérialiste” TM :
Argument numéro un de biphobes “matérialistes” : La bisexualité n’existe pas matériellement, puisqu’on peut être que en couple hétéro ou homo.
La réalité : Au bout d’un moment mettez-vous d’accord. Les bi c’est des polyamoureux, libertins et plan à 3 slutty slut ? ou pas ? Bien sûr qu’on peut être à la fois dans une relation hétéro et homo. Il suffit juste d’être suffisamment slutty pour ça. Next.
Argument numéro 2 de biphobes “matérialistes” : Tu ne vis pas de biphobie, tu peux vivre que de l’homophobie.
La réalité : Les bi sont moins payés que les homo et les hétéro à poste égal. Si vraiment c’est la réalité matérielle et économique qui compte, je me demande pourquoi ces gens ont pas juste lu les études sur les réalités matérielles et économiques sur le sujet ? I don’t know. Peut être que c’est juste des biphobes et pas des matérialistes ?
Argument numéro 3 de biphobes “matérialistes” : Si tu as l’air d’être en couple hétéro, tu ne vis pas de discrimination puisque ton couple est “valide” selon la société.
La réalité : Lors des divorces des parents bi, il n’est pas rare que les partenaires tant hommes que femmes utilisent la bisexualité de leur ex-partenaire bi pour obtenir la garde de leurs enfants, et ce, que la personne soit désormais dans un couple homo ou pas. Des fois, simplement être out et avoir des potes LGBT suffit à faire perdre la garde.
Argument numéro 4 de biphobes “matérialistes” : Les études sur la biphobie sont biaisées et ne reflètent pas la réalité.
La réalité : Malgré l’absence quasi totale de financement de la recherche sur la bisexualité, les études montrent que les femmes bi sont plus victimes de violences conjugales et sexuelles que les lesbiennes et les hétéros, à des niveaux de blessures et de séquelles plus graves, de façon consistante et sur des échantillons de population de plusieurs centaines de milliers d’individus, depuis plus de 20 ans.
Argument numéro 5 de biphobes “matérialistes” : Les bi peuvent se cacher grâce à leur privilège hétérosexuel
La réalité : Le “privilège du placard” n’est pas une réalité scientifique. La matérialité d’une personne bi dans le placard et hors du placard n’est pas la même, mais la matérialité d’un bi dans le placard, c’est celle de quelqu’un qui est obligé de se cacher. Le choix n’est pas le sien, mais fait en fonction de ses conditions matérielles, qui lui sont défavorables… Encore une fois, matérialisme, où es-tu ? Ah mince, je trouve que de la biphobie 😦
Argument numéro 6 de biphobes “matérialistes” : Tu veux juste faire ton intéressante en t’inventant des oppressions qui existent pas, en te victimisant, en mentant sur tes oppressions et en fétichisant l’oppression des vrais opprimés. D’ailleurs, c’est toi qui m’opprime en réalité.
La réalité : Ça me rappelle des trucs… Genre, on dit ça à toutes les minorités quand on veut pas qu’elles parlent de ce qu’elles vivent. C’est toujours pas du matérialisme.
Sources :
Christine Delphy, qui est beaucoup trop à l’aise avec sa biphobie et sa transmisogynie :
- Thank God, I am a lesbian, Documentaire (1992). (Le passage le plus gold : 29’17’’ : 29’47’’)
- Le lesbianisme est la cible d’attaques, mais pas de la part de ses adversaires habituels, Christine Delphy (2017) (sur son blog : christinedelphy.wordpress.com)
Pensée matérialiste transgenre
- Materialismes trans, sous la direction de Pauline Clochec et Noémie Grunenwald (ed. Hystériques & Associées, 2021)
Les bi gagnent moins que les gays, les lesbiennes et les hétéros :
- Bi : The Hidden Culture, History and Science of Bisexuality, Julia Shaw (Canongate Books, 2022) p.97-98
- Bisexuals also experience a wage gap (World of labor, evidence based policy making, 2016) (https://wol.iza.org/news/bisexuals-also-experience-wage-gap)
Les parents bisexuels divorçant de leur couple hétéro peuvent perdre la garde de leur enfant à cause de leur bisexualité :
- “Additionally, for the sake of this discussion, the term « homosexual » shall include people who classify themselves as « bisexual, » in other words, those individuals who are sexually attracted to both men and women. A bisexual parent is often involved in divorce-related custody cases after creating the child through heterosexual relations with his or her spouse.”
- Rosenblum, D. M. (1991). Custody rights of gay and lesbian parents. Vill. L. Rev., 36, 1665.
- Déclaration d’un juge américain en 2013 dans une étude sur les decisions de choix de garde dans les divorces : “Openly bisexual or homosexual may not be as stable as live ins not married can easily come and go. However, having an openly bisexual or homosexual parent can stigmatize child”
- Cette étude explique qu’il n’y a même pas besoin d’habiter avec une femme pour perdre la garde, il suffit d’avoir un lien avec la communauté lesbienne, ou de parler de son lesbianisme à son enfant pour perdre la garde (cette étude date de 1982, à l’époque où de nombreuses bisexuelles étaient appelées lesbiennes) : « The court has repeatedly ruled that a mother will lose custody of and visitation privileges with her children if she expresses her lesbianism through involvment or cohabitation with a female partner, neing affiliated with a lesbian community, or disclosing her lesbianism to her children ». Raley, J. A., Fisher, W. M., Halder, R., & Shanmugan, K. (2013). Child custody and homosexual/bisexual parents: A survey of judges. Journal of Child Custody, 10(1), 54-67.
- Malgré cet état de fait, la recherche ne se penche quasiment que sur les lesbiennes et gays, comme le dit cette étude : « Because there is very little emirical research and few custody cases specifically focused on bisexual parents, this article does not address custody cases involving such parents. » Haney-Caron, E., & Heilbrun, K. 52014). Lesbian and gay parents and determination of child custody: The changing legal landscape and implications for policy and practice. Psychology of Sexual Orientation and Gender Diversity, 1(1), 19.
Les études sont consistantes depuis plus de 20 ans sur les taux supérieurs de violences, et des gravités des blessures infligées aux femmes bisexuelles :
- Decker, M. Littleton, H. L., & Edwards, K. M. (2018). An updated review of the litterature on LGBTQ+ intimate partner violence. Current Sexual Health Reports, 10, 265-272.
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