Ce texte a été initialement publié sur instagram (@floralie.resa), le 19 mars 2022. Dans un effort d’archivage face à la montée des politiques oppressives de META, j’archive certains de mes postes ici.
Comprendre qu’on est bi quand on est installée dans une relation monogame et hétérosexuelle est souvent une réalisation dévastatrice. Ce deuil est souvent mal compris, tant par la société que par la communauté LGBT. «L’hétérosexualité obligatoire» qui pousse tant de lesbiennes à se mettre en couple avec des hommes, touche aussi les femmes bisexuelles. La différence est pourtant de taille. Les bisexuelles sont attirées par les hommes. Ce n’est donc pas l’enchainement de relations sans attirance qui leur ouvre les yeux. Le jour de la réalisation pour une lesbienne en couple hétéro peut marquer la
fin de sa relation, et le début d’une nouvelle vie affective, avec son lot de difficultés, peurs, doutes.
C’est un moment qui est chargé de choses très négatives et de choses très positives et qui est généralement tourné vers le futur. Pour les bisexuelles, c’est un peu différent, la haine intériorisée est similaire. Il n’y a pas vraiment de « temps perdu », cet homme, elles l’aiment. Il n’y a pas de nouvelle vie à explorer. Il y a juste la compréhension. Et cette question : et maintenant ? Quoi ? Et la réponse souvent est : rien.
Il n’y a pas de communauté à rejoindre. Pas de processus de guérison collective de l’homophobie intériorisée. Parce que ces femmes bisexuelles ont souvent la croyance qu’elles ne sont pas vraiment complètement bisexuelles ou même légitimes parce qu’elles n’ont jamais aimé une femme.
Le coming out bisexuel sur le tard est tourné vers le passé. Parce que le futur est déjà fixé avec le partenaire actuel. En plus d’un sentiment de marginalité sans possibilité d’accès à une communauté, il y a la réalisation qu’une partie de notre sexualité ne s’est pas développée. Notre maturité affective et sexuelle se développe habituellement au contact des relations et au cours des expériences. Donc on a conscience que notre hétérosexualité s’est développée, mais que notre homosexualité est présente sous une forme «immature» et que nous avons peu de chance de la voire s’épanouir.
Le deuil bi est réel et souvent douloureux. Il peut mener à des questionnements sur l’ouverture ou non du couple, des mises en danger, l’accentuation de la biphobie intériorisée ou de la résignation.
Note : Ce n’est pas exactement ma situation, même si j’ai un parcours bi assez classique. C’est une observation d’un phénomène courant. J’avais envie d’en parler parce qu’aujourd’hui quelqu’un m’a dit « même si je suis une bi en carton » en sous entendant ne pas avoir eu de relation avec une femme. J’avais envie de lui dire qu’au contraire, c’était une expérience assez typiquement bi…
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